Intervenant 2015

Bertrand PiccardExplorateur, psychiatre et cofondateur de Solar Impulse, auteur de Changer d’altitude.

Changer d'altitude

Issu d’une dynastie d’explorateurs et de scientifiques qui ont conquis les sommets et les abysses de la planète, Bertrand Piccard a été le premier à réaliser, en 1999 avec Brian Jones, le tour du monde en ballon sans escale. En 2003, il a lancé avec André Borschberg le projet Solar Impulse, un avion révolutionnaire destiné à faire le tour du monde en utilisant uniquement l’énergie solaire. Avec Bertrand Piccard et André Borschberg en alternance au poste de pilotage, la Première moitié du tour a été accomplie cette année avec une série de records à la clé. La seconde partie aura lieu en 2016. Psychiatre, Bertrand Piccard vient de publier le livre Changer d’altitude.

Compte rendu : Changer d'altitude

Quand Bertrand Piccard parle de son parcours de vie, d’aucuns pourraient y voir une succession d’échecs. C’est du moins l’effet escompté par le psychiatre-explorateur qui, dans une intervention sous forme d’escamotage, se plaît ensuite à remettre les étapes de sa biographie dans son contexte. Un contexte fait de rêves, d’aventures, de prises de risque qui, au final, s’avèrent des expériences positives et porteuses d’espoir. Solar Impulse, l’avion solaire en route pour le tour du monde est à l’heure actuelle bloqué à Hawaï jusqu’en avril prochain. Qu’à cela ne tienne, le suspense augmente et le message de Bertrand Piccard en faveur…

Quand Bertrand Piccard parle de son parcours de vie, d’aucuns pourraient y voir une succession d’échecs. C’est du moins l’effet escompté par le psychiatre-explorateur qui, dans une intervention sous forme d’escamotage, se plaît ensuite à remettre les étapes de sa biographie dans son contexte. Un contexte fait de rêves, d’aventures, de prises de risque qui, au final, s’avèrent des expériences positives et porteuses d’espoir. Solar Impulse, l’avion solaire en route pour le tour du monde est à l’heure actuelle bloqué à Hawaï jusqu’en avril prochain. Qu’à cela ne tienne, le suspense augmente et le message de Bertrand Piccard en faveur des énergies renouvelables se fait plus pressant. Comme on dirige un ballon en changeant d’altitude, parfois faut-il faire de même dans sa vie en lâchant du lest, en abandonnant certitudes et habitudes, pour rendre possible ses objectifs les plus fous. Bertrand Piccard qui interviendra prochainement à la COP21 en apporte la preuve.

Peut-on se forger le futur dont on rêve ? Telle était la question initiale posée par Bertrand Piccard lors du 7e Forum de la Haute Horlogerie, qui a tenu ses assises à Lausanne le 18 novembre dernier. Une question à laquelle ce fils et petit-fils d’explorateurs dont le nom est passé à la postérité s’est efforcé de répondre à travers son propre parcours de vie. Dans un premier temps, Bertrand Piccard a donc égrené quelques-uns des faits marquants de sa biographie mais surtout comme autant d’heureux hasards si ce n’est d’échecs patents. Jeune, on ne lui prédisait aucun avenir professionnel ou sportif, et s’il est devenu champion d’Europe d’aile delta acrobatique, c’est probablement pour n’avoir jamais su maîtriser les risques de cette discipline. Il lui aura ensuite fallu pas moins de trois tentatives pour être le premier avec son coéquipier Brian Jones à avoir réussi le tour du monde en ballon sans escale à bord du Breitling Orbiter. Mais à quelques kilos de gaz près, il aurait certainement fallu remettre l’ouvrage sur le métier. Quant à Solar Impulse, cet avion solaire parti pour faire le tour du monde, n’est-il actuellement pas bloqué à Hawaii à la suite d’une erreur opérationnelle qui a coûté la vie à ses batteries ? Vu sous cet angle, l’auditoire aurait raisonnablement pu croire à une supercherie d’être venu écouter pareil orateur.

C’est évidemment mal connaître Bertrand Piccard, psychiatre et digne héritier d’une lignée dont il possède l’esprit pionnier et la force de dépassement. Un esprit qui a su se nourrir de l’adversité pour aligner des exploits porteurs d’un message. « Tout le monde ne le sait peut-être pas, mais on peut être très performant dans les moments de crise, expliquait-il. Elles peuvent même représenter des étapes clés de notre développement. Lors du premier échec de notre tour du monde en ballon, j’ai par exemple fait l’apprentissage de la libération. Je me suis libéré de tout ce que l’on attendait de moi. Mais pour mieux recommencer. La deuxième tentative nous a ensuite permis de battre un premier record absolu de durée. Quant à la troisième, si nous avons vécu pendant vingt jours avec la peur au ventre de manquer de carburant pour nous permettre de faire monter et descendre le ballon, notre seul gouvernail, elle s’est finalement soldée par un magnifique succès. ».

Exploration sans limites

Succès qui ne pouvait rester sans suite. Dès lors que le carburant posait problème avec le Breitling Orbiter, pourquoi ne pas s’en passer ? De là est née l’idée de Solar Impulse, le premier avion solaire à tenter le tour du monde, donc la traversée des océans de plusieurs jours sans autre énergie que les rayons du soleil, avec Bertrand Piccard et André Borschberg aux commandes. Une utopie en passe de se révéler comme tel ? « Oui, c’est vrai que nous avons pour l’instant réalisé la moitié de l’objectif et que nous avons brûlé les batteries de l’avion qui restera bloqué à Hawaii jusqu’en avril prochain, poursuivait Bertrand Piccard. Cela dit, nous avons bel et bien réussi un vol de cinq jours et cinq nuits sans carburant, ce qui crédibilise notre message en faveur des énergies renouvelables et démontre la faisabilité du projet. Par ailleurs, il ne se passe pas un jour sans que l’on nous demande quelle va être la suite des événements. C’est pour nous l’occasion d’expliquer pourquoi nous avons embarqué à bord de Solar Impulse et ce que l’on peut attendre de l’efficience énergétique. N’oublions pas que pratiquement tout ce qui nous constitue notre cadre de vie repose sur des technologies vieilles de cent ans, de la voiture à l’éclairage en passant par l’isolation de nos maisons. »

Pour Bertrand Piccard, il est donc grand temps de changer d’altitude, en référence à la manière dont se pilote un ballon. Non seulement pour ce qui est de l’avenir de notre planète mais également en ce qui concerne nos propres trajectoires. « Dans la vie, nous avons tous nos buts, nos rêves, concluait-il en réponse à son interrogation initiale. Est-il réaliste de pouvoir les concrétiser un jour ? Certainement pas si les personnes restent prisonnières de leurs habitudes. Pour changer d’altitude, il faut donc apprendre à lâcher du lest, à abandonner dogmes et certitudes. C’est ce que l’on appelle la liberté d’envisager tous les futurs possibles pour mieux se donner les moyens de les concrétiser. Car n’oublions pas que l’exploration de son monde intérieur n’a aucune limite. ».

Interview en vidéo

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