Intervenant 2013

Charles RobertsonÉconomiste expert des marchés émergents

Afrique : « le milliard » qui monte

Charles Robertson est spécialiste des marchés émergents et coauteur de The Fastest Billion (Le Milliard le plus rapide – en écho à l’ouvrage de Paul Collier The Bottom Billion, Le Milliard du bas), un livre indiquant que derrière le récit classique d’un continent africain qui subit la pauvreté et les conflits, il existe de nombreux indicateurs qui témoignent d’une croissance économique et sociale rapide. Avec ses collègues de Renaissance Capital, où il assure la direction de l’unité de macrostratégie à Londres, Robertson affirme que l’Afrique s’éloigne rapidement du « bottom billion » et « sera le continent qui atteindra le quatrième âge économique le plus rapidement… avec revenus élevés, faible corruption, et normes démocratiques ». Au cours de son intervention, il démontrera que l’Afrique plus que toute autre région devrait être considérée comme une des économies les plus dynamiques au monde et exposera l’évolution de cette tendance.

Compte rendu : Afrique : « le milliard » qui monte

Tous ceux qui croient encore que l’Afrique est un continent sans espoir, comme le stigmatisait le réputé magazine britannique The Economist dans les années 90, se trompent du tout au tout. Selon Charles Robertson, cela revient à gommer une décennie et demi de croissance dans la région subsaharienne dont plus d’une douzaine de pays ont connu un essor supérieur à 7% durant cette période. Inutile de comparer cette zone économique avec l’Asie d’aujourd’hui. « Si une comparaison devait être faite, il faudrait d’avantage mettre en relation l’Afrique actuelle avec ce qu’était la Corée du Sud dans les années 70, lorsque…

Tous ceux qui croient encore que l’Afrique est un continent sans espoir, comme le stigmatisait le réputé magazine britannique The Economist dans les années 90, se trompent du tout au tout. Selon Charles Robertson, cela revient à gommer une décennie et demi de croissance dans la région subsaharienne dont plus d’une douzaine de pays ont connu un essor supérieur à 7% durant cette période. Inutile de comparer cette zone économique avec l’Asie d’aujourd’hui. « Si une comparaison devait être faite, il faudrait d’avantage mettre en relation l’Afrique actuelle avec ce qu’était la Corée du Sud dans les années 70, lorsque ce « tigre » était encore un pays pauvre et largement dépendant de son agriculture, explique-t-il. Regardons ce qu’a réalisé un Etat comme l’Inde qui a sorti des millions de personnes de la pauvreté sans pour autant mener la charge en termes d’industrialisation, contrairement à ce qui s’est passé en Asie du Sud-Est. Et pourtant leurs taux de croissance respectifs sont similaires. A mon avis, l’Afrique Subsaharienne est en retard de quelque 20 ans par rapport à l’Inde mais son essor économique est destiné s’accélérer selon un même modèle. »

Pour Charles Robertson, le préalable à tout « miracle économique » passe par un secteur primaire en santé. Même l’Angleterre, chef de file en termes de révolution industrielle, est passée par une refonte de son secteur agricole au XVIIIe siècle. Idem pour la Russie. Les pays africains, dans les années 60, ont certes fait l’erreur de vouloir sauter à pieds joints dans des processus industriels pour lesquels ils n’étaient pas armés. Plus rien de tel aujourd’hui. Les activités minières et les ressources de ces Etats leur permettent maintenant de bâtir des infrastructures qui offriront à ce continent la possibilité de s’engager dans une voie industrielle mesurée. Trois facteurs vont également y contribuer. Les coûts du travail en Chine augmentent, pour partie en raison du vieillissement des forces de travail, synonyme d’un transfert continental d’activités ; les niveaux de formation en Afrique subsaharienne sont aujourd’hui équivalents à ceux de la Turquie et du Mexique en 1975, deux pays qui ont su dans les deux décades consécutives se forger une place industrielle dont la valeur ajoutée n’a cessé de croître, notamment dans le textile ; les gouvernements africains, enfin, appliquent désormais des politiques favorables aux investissements et au développement des affaires.

« A mon avis, l’évolution démographique et des niveaux d’éducation dans ces pays d’Afrique devrait leur permettre de marcher dans les traces d’économies émergentes comme la Malaisie, l’Indonésie, l’Inde, la Corée du Sud ou le Brésil qui ont entamé leur marche en avant il y a plus de 20 ans, conclut Charles Robertson. Le retard est certes là. Il n’en demeure pas moins que le développement de l’Afrique sera certainement l’événement le plus marquant de ce XXIe siècle. »

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