Intervenant 2016

Hubert VédrineAncien Ministre des Affaires étrangères français

État du monde, L’Europe

Ancien conseiller et porte-parole du président français François Mitterrand, puis ministre des Affaires étrangères du président Jacques Chirac, Hubert Védrine est un n connaisseur des réalités géopolitiques. Dans ses Mémoires, Jacques Chirac lui attribue « une parfaite maîtrise des rouages diplomatiques, la délité à des convictions af rmées en même temps qu’une ouverture d’esprit à rebours de tout esprit dogmatique ». Auteur de très nombreux ouvrages, il analyse dans son dernier livre, Le Monde au dé , l’«irrealpolitik» actuelle et le décrochage démocratique, non sans insister sur les notions de «géo-écologie» et donc de conscience écologique comme outils de plani cation du futur. Il préside égale- ment l’Institut François-Mitterrand.

Conférence en vidéo

« L’écologisation, comme l’industrialisation au XIXe siècle, est un mouvement susceptible de porter l’économie mondiale sur les vingt prochaines années. »

Compte rendu : État du monde, L’Europe

L’Union européenne est devenue un système autoentretenu et complètement coupé de sa base. Une situation qui fait craindre à Hubert Védrine des réactions insurrectionnelles. L’ancien ministre des Affaires étrangères sous Chirac est venu s’en expliquer au 8e Forum de la Haute Horlogerie. « Les peuples se sentent abandonnés, trompés. La mondialisation n’a fait qu’enrichir les nantis. On n’a pas fait attention aux classes moyennes. » Le constat d’Hubert Védrine est sans appel : en Europe comme aux États-Unis, les élites ont trop longtemps nourri un système déconnecté des réalités. Dans son dernier livre, Sauver l’Europe, l’ancien porte-parole de François Mitterrand…

L’Union européenne est devenue un système autoentretenu et complètement coupé de sa base. Une situation qui fait craindre à Hubert Védrine des réactions insurrectionnelles. L’ancien ministre des Affaires étrangères sous Chirac est venu s’en expliquer au 8e Forum de la Haute Horlogerie.

« Les peuples se sentent abandonnés, trompés. La mondialisation n’a fait qu’enrichir les nantis. On n’a pas fait attention aux classes moyennes. » Le constat d’Hubert Védrine est sans appel : en Europe comme aux États-Unis, les élites ont trop longtemps nourri un système déconnecté des réalités. Dans son dernier livre, Sauver l’Europe, l’ancien porte-parole de François Mitterrand et ministre des Affaires étrangères sous Jacques Chirac met le doigt sur les dérives politiques et administratives de l’Union européenne. Des anormalités qu’il a exposées lors du 8e Forum de la Haute Horlogerie, le 9 novembre dernier à l’IMD de Lausanne.

« En Europe, il y a un vrai problème de décrochage des peuples », souligne d’emblée Hubert Védrine. Si l’on additionne les anti-européens, les sceptiques, les déçus et les allergiques aux réglementations, on arrive en effet à 80 % de la population. Et à ceux qui opposent à la situation actuelle une organisation fédéraliste qui permettrait aux États de conserver un certain nombre de prérogatives, le diplomate répond : « Les fédéralistes n’existent pas électoralement, à peine 1 % ! »

Proche de l’insurrection

Ce climat contestataire, l’ancien membre du gouvernement français l’explique par l’arrogance des élites : « Après chaque vote hostile, le système continue comme si de rien n’était! Quand le peuple parle d’identité, de sécurité et de souveraineté, ce n’est pas quelque chose d’affreux. C’est au contraire légitime et il faut en tenir compte ! » À défaut, si l’Union ne parvient pas à donner une nouvelle légitimité à ses institutions, à se fixer des objectifs politiques crédibles, Hubert Védrine prédit une issue fatale : « Nous sommes au bord de réactions insurrectionnelles. »

Et ceux qui pensent, avec l’ancien ministre de l’Économie et des Finances Pierre Moscovici, que l’Europe doit produire plus de résultats, l’ancien ministre des Affaires étrangères répond que cela ne suffira pas : « Cela ne sert à rien de vouloir une usine à gaz qui fonctionne mieux ! » Ce qu’il prône, ce sont au contraire des opérations chirurgicales, de manière à redéfinir le rôle de la Commission européenne, qui, selon lui, se fourvoie complètement : « Vouloir économiser l’eau, c’est très bien. Mais une fois la décision prise par la Commission, et sans que l’on ait rien demandé à personne, les experts européens s’empressent de réglementer sur le débit des pommeaux de douche. Cette surenchère est absurde ! Il suffit de lire la directive “Chocolat” pour s’en rendre compte. Il est grand temps d’arrêter de légiférer sur la taille des concombres. Même Jean-Claude Juncker le reconnaît. »

L’écologisation en marche

Mais pour lutter contre un système qui se nourrit de lui-même, encore faut-il des forces structurées. Or, il n’existe pas de communauté internationale des peuples qui serait porteuse d’un projet, constate Hubert Védrine. Sauf peut-être sur la question écologique autour de laquelle les altermondialistes ont su un tant soit peu s’organiser. « Mais là encore Europe Écologie – Les Verts a complètement raté son coup ! » poursuit Hubert Védrine. Et de prédire que l’« écologisation », comme avant elle l’industrialisation, est un mouvement susceptible de se développer rapidement et de porter l’économie sur 20 à 30 ans.

De telles projections appellent naturellement des politiques nouvelles. Une opportunité pour l’Europe de s’affirmer enfin face à l’émergence d’« États écologiquement voyous », au rang desquels l’Amérique pourrait bientôt compter. Dans cet ordre d’idées et pour ne pas se faire prendre au dépourvu, le diplomate français conseille aux instances européennes de « ne pas trop attendre pour organiser un sommet sur la présidence de Donald Trump, de manière à mieux cerner le personnage. Les Européens doivent s’organiser, réfléchir, de manière à parler avec la nouvelle administration américaine sur un pied d’égalité ».

Interview en vidéo

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