Intervenant 2013

Jacques AttaliÉcrivain et stratège

Globalité, nations, la crise et nous

Jacques Attali est un économiste, écrivain, stratège politique et intellectuel public français. Anciennement conseiller principal de François Mitterrand, il est le premier président de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement ; il fonde ensuite l’organisation de solidarité internationale PlaNet Finance (qui a pour mission de développer la microfinance) et devient président
de la Commission pour la libération de la croissance française. Il est l’auteur de plus de cinquante livres, dont des essais et des romans. Il a également une passion personnelle pour la musique et a récemment dirigé à Jérusalem le Concerto en sol de Ravel. Son intervention portera sur le contexte mondial actuel, soulignant les tendances et les points d’inflexion principaux, et abordera en particulier la crise économique et la crise de gouvernance parallèle.

Compte rendu : Globalité, nations, la crise et nous

Jacques Attali connaît le temps – il a écrit en particulier « Histoires du temps » – et les sabliers qu’il collectionne. Toutefois, son intervention au dernier Forum de la Haute Horlogerie s’est focalisée sur quelques grands changements sociétaux en cours ou à venir. Selon lui, la démographie et l’innovation technique ont toujours formé les deux plus grandes sources de changements dans l’histoire mondiale. Ainsi, d’ici 2050, la population mondiale atteindra certainement 9 milliards d’individus contre 7 actuellement, dont deux tiers auront établi domicile en milieu urbain et 1,5 milliard dans un pays différent de celui d’où ils proviennent. Le…

Jacques Attali connaît le temps – il a écrit en particulier « Histoires du temps » – et les sabliers qu’il collectionne. Toutefois, son intervention au dernier Forum de la Haute Horlogerie s’est focalisée sur quelques grands changements sociétaux en cours ou à venir. Selon lui, la démographie et l’innovation technique ont toujours formé les deux plus grandes sources de changements dans l’histoire mondiale. Ainsi, d’ici 2050, la population mondiale atteindra certainement 9 milliards d’individus contre 7 actuellement, dont deux tiers auront établi domicile en milieu urbain et 1,5 milliard dans un pays différent de celui d’où ils proviennent. Le saut le plus surprenant viendra certainement de l’Afrique dont la population devrait doubler pour passer à 2 milliards à la fin du 21ème siècle. Conséquence : le nombre de francophones s’établira à 700 millions au lieu des 220 actuels.

Techniquement, autant l’invention du gouvernail que de l’imprimerie ont été, autrefois, les déclencheurs de changements d’importance, autant l’essor des nanotechnologies, des biotechnologies et des neurosciences sont aujourd’hui les domaines qui préfigurent les plus grandes transformations sociétales à venir. Mais Jacques Attali de pointer que les plus aisés sont toujours les premiers à jouir des fruits du progrès. Un petit club de riches dont les fortunes grossissent dans des proportions jamais vues. Or, si rien n’est fait, selon Jacques Attali, la moitié des habitants de la Terre vivront avec moins de 2 dollars par jour d’ici 50 ans.

S’exprimant sur les rapports géopolitiques globaux, le stratège dépasse les spécificités nationales pour cerner le rôle et la place de la liberté individuelle dans la société de demain, un enjeu fondamental. Pour lui, la démocratie en est l’expression directe en termes de gouvernance puisqu’elle offre à chacun le droit de s’exprimer. Economiquement, ce sont les marchés qui en sont le reflet car chacun est libre de dépenser son capital comme il l’entend. Situation paradoxale néanmoins : si les marchés sont globalisés, les gouvernements restent d’échelle nationale. Cette dichotomie doit être dépassée sans quoi, point d’harmonie, et surtout, une tendance vers des dérives totalitaires.

Mais la liberté individuelle n’est pas sans poser le principe de loyauté, remis en question par la défense d’intérêts propres et narcissiques. Appliqué à l’échelle d’une société, cette « fidélité à soi et à soi seulement » s’illustre notamment par une baisse de la natalité, synonyme de danger potentiel pour les générations futures. L’impératif du court terme, qu’il soit politique ou économique, tue l’altruisme nécessaire à toute vision à long terme dont les sociétés ont besoin. Ne reproche-t-on pas justement aux dirigeants actuels ce manque d’anticipation ? Loyauté et confiance font partie d’un futur équilibre indispensable, le seul à même d’éviter ces trous noirs où des personnages comme Hitler, Staline ou Mussolini se sont malheureusement illustrés durant des périodes de profondes mutations.

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