Intervenant 2016

Jean-Éric BranaaAuteur et spécialiste des questions politiques et sociales américaines

État du monde, les États-unis

Jean-Éric Branaa est l’un des meilleurs spécialistes français des questions politiques et sociales américaines. Maître de confé- rences à l’université Paris 2-Assas, commentateur pour de nombreux médias et lauréat de la bourse Fulbright, il a également écrit de nombreux ouvrages, dont les deux biographies: Hillary, une présidente des États-Unis (2015) et Qui veut la peau du Parti républicain? L’incroyable Donald Trump (2016). Son dernier livre, American Touch, est un roman dans lequel un député des Français d’Amérique du Nord et une jeune journaliste débutante observent le monde d’aujourd’hui, tout en imaginant celui qu’il pourrait être demain. En toile de fond, les primaires américaines et françaises.

Conférence en vidéo

« Donald Trump n’a cessé de répéter que l’Amérique va mal. Pour ma part, je pense qu’il s’agit d’un pays en désespérance. »

Compte rendu : État du monde, les États-unis

Invité au 8e Forum de la Haute Horlogerie, dont le thème était « Le Temps des Mutations », Jean-Eric Branaa, spécialiste des questions américaines, a livré une analyse piquante sur l’élection aux États-Unis. « J’avais préparé une intervention sur la première femme présidente des États-Unis. À la place, je vais devoir vous parler du New-Yorkais blond. » Tout comme bon nombre de conférenciers invités au 8e Forum de la Haute Horlogerie qui s’est tenu le 9 novembre dernier à l’IMD de Lausanne, Jean-Eric Branaa a dû réécrire ses fiches dans l’urgence. À peine une heure avant son entrée en scène,…

Invité au 8e Forum de la Haute Horlogerie, dont le thème était « Le Temps des Mutations », Jean-Eric Branaa, spécialiste des questions américaines, a livré une analyse piquante sur l’élection aux États-Unis.

« J’avais préparé une intervention sur la première femme présidente des États-Unis. À la place, je vais devoir vous parler du New-Yorkais blond. » Tout comme bon nombre de conférenciers invités au 8e Forum de la Haute Horlogerie qui s’est tenu le 9 novembre dernier à l’IMD de Lausanne, Jean-Eric Branaa a dû réécrire ses fiches dans l’urgence. À peine une heure avant son entrée en scène, les médias américains annonçaient en effet ce qui était encore inimaginable quelques semaines plus tôt : Donald Trump était élu 45e président des États-Unis. Maître de conférences à l’université Paris 2-Assas, comptant parmi les meilleurs spécialistes français des questions politiques et sociales américaines, Jean-Eric Branaa ne s’est cependant pas laissé démonter. Et pour cause, il est en effet le seul auteur à avoir écrit la biographie d’Hillary Clinton comme celle de Donald Trump.

Rejet de l’establishment

« On ne fait pas cela d’habitude, mais je vais commencer par vous raconter ma nuit », a-t-il lancé en guise d’introduction à son analyse. Jusqu’à 1 heure du matin, heure suisse, malgré un résultat qui s’annonçait serré, aucun discours alarmiste n’est décelé dans les médias américains. Puis, à 2 heures, tombe une première petite bombe : la Virginie, État de Tim Kaine, colistier d’Hillary Clinton, est sur le point de passer dans le camp des Républicains. « Donald Trump a cessé de faire campagne là-bas il y a un mois ! » souligne Jean-Eric Branaa (les Démocrates finiront tout de même par l’emporter, ndlr). Un quart d’heure plus tard, Trump emporte la Caroline du Nord, fief de Joe Biden, actuel vice-président ; 15 minutes encore, et c’est la Floride qui tombe dans son escarcelle. Dans cet État, on apprendra plus tard que 29 % des Hispaniques et 8 % des Afro-américains ont voté pour Donald Trump. Au fur et à mesure des minutes, l’Ohio, la Pennsylvanie, le Michigan et le New Hampshire, tous très partagés, donnent leurs grands électeurs au futur président.

« Qu’est-ce qui a bien pu se passer ? » interroge alors le spécialiste. Bien sûr, le rejet d’Hillary Clinton est évident : on ne voulait pas d’elle comme président des États-Unis. Mais ce n’est pas la seule raison. Donald Trump n’a pas seulement alimenté ce rejet, il a également appelé de ses vœux celui de l’establishment comme du monde politique dans son ensemble. Ce qui ne saurait masquer – « c’est dur à dire, mais c’est la vérité » – les votes d’adhésion au discours du Républicain. Ses mots simples, ses théories « brutes de décoffrage » sans aucune stratégie politique ont beaucoup plu. « Donald Trump a montré qu’il était un homme qui n’avait pas réponse à tout, qu’il n’était finalement pas un super-champion. »

Des minorités pour Trump

Autre interrogation sur ces résultats : le vote des Hispaniques et des Afro-américains. « Pourquoi les premiers ont-ils largement voté Républicain dans certains États, alors que Donald Trump les traitait de voleurs et de violeurs ? Pourquoi les seconds ont-ils fait de même, alors que Trump les décrivait comme étant dans la pire situation de leur histoire. Peut-être peuvent-ils espérer mieux alors que la société post-raciale tant promise par Barak Obama ne s’est finalement jamais concrétisée ? »

Certains aspects positifs méritent tout de même d’être soulignés : on avait prédit une Amérique à feu et à sang si Donald Trump perdait. « Maintenant qu’il a gagné, les partisans d’Hillary Clinton pleurent, mais ils ne sont pas descendus dans la rue pour se battre et protester. Ce qui aurait peut-être été le cas si Trump avait été défait », remarque Jean-Eric Branaa. Car si les supporters du Républicain détestent Hillary Clinton, l’inverse n’est pas vrai. Cette situation fait dire à l’expert français que, sur les 1 200 personnes que le nouveau président va devoir nommer pour son administration d’ici au 20 janvier, il se trouvera naturellement des Républicains, mais également des membres de la société civile et peut-être même des Démocrates. Et Jean-Eric Branaa de rappeler les mots réitérés de Donald Trump : « Je ne suis pas un politicien ! » Alors, un happy end à l’américaine ?

Une véritable réconciliation des Américains est dès lors possible, selon Jean-Eric Branaa, même après une campagne aussi virulente. « Trump a toujours dit que l’Amérique allait mal. Il a raison et on ne l’a pas assez écouté. » Malgré les 230 000 emplois créés tous les mois depuis quelque temps, malgré le nombre de milliardaires toujours plus élevé, la classe moyenne ne s’y retrouve pas et le fossé des inégalités ne cesse de se creuser. « Or, le rêve américain, c’est de penser que l’on peut devenir riche à partir de rien ! Qu’un petit entrepreneur peut faire fortune avec deux dollars ! C’est ce que Trump promet pour son pays, la promesse d’une Amérique grande à nouveau. » Et, visiblement, les gens y ont cru.

Interview en vidéo

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