Intervenant 2015

Michael GreenÉconomiste et spécialiste du progrès social, auteur de plusieurs livres sur l’avenir du capitalisme.

Comment mesurer le progrès

L’économiste Michael Green est directeur du Social Progress Index (SPI). Il est aussi l’auteur de plusieurs livres sur l’avenir du capitalisme. Son organisation cherche à redéfinir la façon dont nous quantifions le progrès dans le monde en tenant compte d’indicateurs à dimension sociale comme les besoins humains fondamentaux ou la notion de « bien-être ». Le SPI constitue un effort pour compléter les mesures de performance nationale basées sur les index économiques classiques tels que le PIB. Il a été largement adopté dans le monde entier depuis son lancement il y a deux ans. Auparavant, Michael Green a enseigné l’économie et travaillé pour le gouvernement britannique.

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« Investir dans le bien-être d’une population peut être un moteur de croissance économique ».

Compte rendu : Comment mesurer le progrès

S’il est un indicateur considéré comme une référence absolue dans le domaine économique, c’est bien le Produit Intérieur Brut (PIB) apparu en 1934 aux Etats-Unis, qui aura servi depuis à mesurer la performance des nations. Or aujourd’hui, le concept même de PIB est remis en question pour la simple raison qu’il omet de prendre en compte la notion de bien être social dont l’amélioration devrait être l’une des conséquences de la création de richesses. Cette thèse est défendue par Michael Green qui, de ce fait, a développé son propre « outil », le Social Progress Index (SPI) aujourd’hui préféré par…

S’il est un indicateur considéré comme une référence absolue dans le domaine économique, c’est bien le Produit Intérieur Brut (PIB) apparu en 1934 aux Etats-Unis, qui aura servi depuis à mesurer la performance des nations. Or aujourd’hui, le concept même de PIB est remis en question pour la simple raison qu’il omet de prendre en compte la notion de bien être social dont l’amélioration devrait être l’une des conséquences de la création de richesses. Cette thèse est défendue par Michael Green qui, de ce fait, a développé son propre « outil », le Social Progress Index (SPI) aujourd’hui préféré par nombre de pays en complément du PIB. Basé sur 52 indicateurs, le SPI va ainsi prendre en compte, par exemple, non plus les dépenses de santé d’une économie donnée mais l’espérance de vie et le bien-être de sa population. Une approche iconoclaste bienvenue.

Y a-t-il une vie après le produit intérieur brut ? C’est en substance la question que pose l’économiste Michael Green, en braquant les projecteurs sur un très jeune indice dont la pertinence ne devrait échapper à personne : le Social Progress Index (SPI). À la tête du Social Progress Imperative, organisme chargé de développer cet indice lancé en 2013, Michael Green a dévoilé au Forum de la Haute Horlogerie les quelques raisons qui le rendent incontournable.

Léger retour en arrière. Dans les années 1930, l’économiste Simon Kuznets publie un petit opuscule qui changera la manière de voir le monde. Son étude, National Income 1929-32, n’a, dans son esprit aucune vocation à devenir un standard de mesure de la croissance économique, mais doit aider les gouvernants à gérer leurs économies. Gérer et non mesurer, préconisait l’économiste en prenant bien soin de lancer cet avertissement : « Le bien-être d’une nation ne peut être déterminé uniquement par une mesure du revenu national tel que défini (dans mon étude). » Qu’à cela ne tienne, personne n’a écouté cet avertissement et le PIB est devenu le standard de mesure de la croissance économique et, par extension, du succès d’un pays.

Mais le PIB est-il réellement la manière la plus pertinente de mesurer les avancées – donc le bien-être – d’une nation ? De nombreux groupes se sont interrogés à ce sujet ces dernières années, en proposant un nombre de mesures alternatives. Poser la question, c’était déjà y répondre ? Non. Ne restait plus qu’à trouver une nouvelle manière d’envisager les choses, loin de la mathématique du PIB qui, comme le relevait Michael Green, « prend pour progrès comptant de nouvelles bombes ou davantage de prisons ». C’est donc un indice de progrès social qui devait être envisagé, un indicateur qui prenne en compte exclusivement des données environnementales et sociales. Eu égard à cette caractéristique, le SPI entendait se distinguer d’autres indicateurs tels l’indice de développement humain (IDH) de l’Onu ou le bonheur national brut (BNB) du Bhoutan. Autre élément clé qui a sous-tendu la création du SPI selon Michael Green : « L’indice repose sur l’idée que ce que nous mesurons oriente les choix que nous faisons. » Au surplus, les initiateurs du projet ont choisi de baser l’indice sur des résultats plutôt que sur l’évaluation des efforts des États, car, expliquait l’économiste, « il n’existe pas nécessairement de corrélation entre les dépenses de santé et la qualité de la santé, par exemple. C’est pourquoi mesurer les dépenses ne fait pas toujours sens. Les résultats sont souvent plus parlants »..

Un mythe s’effondre

Le calcul de ce nouvel indice apte à révéler une autre mesure de la réalité des États repose sur trois notions fondamentales : les besoins humains de base (nutrition, accès à l’eau, soins de base, logement…), les fondements du bien-être (accès à la connaissance, à l’information, à la santé…) et les opportunités d’accomplissement (droits personnels, liberté de choix, accès à l’éducation supérieure, tolérance…). À ce jour, 133 pays ont été passés au crible de ce nouvel indice et les enseignements sont nombreux. La Norvège arrive en tête, suivie de la Suède, la Suisse, l’Islande et la Nouvelle-Zélande. L’Afghanistan, le Tchad et la République centrafricaine ferment la marche. Au-delà de ce classement, qui offre déjà une image intéressante de la réalité sociale d’un État, le SPI est d’autant plus digne d’intérêt lorsqu’il est comparé à d’autres indicateurs économiques. Ainsi, on découvre que le niveau de SPI n’est pas corrélé avec la richesse d’une nation, à l’exemple de la Nouvelle-Zélande, dont le niveau de progrès social mesuré égale pratiquement celui de la Norvège en dépit d’un PIB pratiquement deux fois inférieur. À l’inverse, la Russie, la Chine ou l’Inde ne transforment pas toutes leurs richesses en bien-être. A contrario, le Rwanda, le Costa Rica ou la Nouvelle-Zélande présentent des SPI largement supérieurs à ce que leurs situations économiques respectives pourraient laisser penser.

L’autre enseignement majeur que révèle le SPI est que, au-delà d’un certain seuil, une fois satisfaits les besoins de base, il n’y a pas de corrélation entre croissance économique et progrès social. Autrement dit chaque dollar de PIB supplémentaire ne bénéficie qu’à la marge au bien-être social. Au point que diverses études ont montré que le PIB mondial par habitant pourrait passer de 14 000 à 23 000 dollars d’ici 2030, mais que le SPI mondial moyen ne croîtrait que fort modérément dans le même temps, passant de 61 à… 62,4 ! C’est pourquoi les promoteurs du SPI encouragent tous les États à réfléchir autrement et à infléchir leurs politiques vers davantage de progrès social. Et Michael Green de lancer en conclusion : « Investir dans le bien-être d’une population peut être un moteur de croissance économique. Le SPI casse le mythe selon lequel l’activité économique crée de la croissance et que tout ce qui est lié au social coûte de l’argent. ».

Interview en vidéo

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