Intervenant 2013

Sarah HarperExperte en démographie

L’impact des tendances démographiques

Spécialiste des questions démographiques du XXIe siècle, Sarah Harper a fondé et dirige l’Oxford Institute of Ageing. L’Institut est un centre de recherche multidisciplinaire s’occupant des implications du vieillissement des populations sur la société, l’économie et la politique. Ses recherches portent sur les tendances de la globalisation et des populations avec, en point de mire, les questions liées à la croissance démographique, à la longévité extrême, au renversement de la pyramide des âges et leurs conséquences. Elle a participé au rapport « People and the Planet » de la « UK Royal Society » sur les changements des populations. Membre de l’Association Démographique Mondiale, elle conseille plusieurs gouvernements de par le monde.

Compte rendu : L’impact des tendances démographiques

L’actuelle évolution démographique est assurément un facteur d’influence sur l’économie mondiale de demain. Or, cette évolution, selon les paramètres établis aujourd’hui, prévoit une population mondiale de 10 à 11 milliards de personnes à l’horizon 2050, contre plus de 7 milliards actuellement. Ce saut gigantesque, comme le rappelle Sarah Harper, est dû avant tout à une longévité croissante. « On observe aujourd’hui des taux de fécondité plutôt orientés à la baisse dans la plupart des régions de la planète. Même dans les pays émergeants, le nombre de naissances n’a guère augmenté. Seule l’Afrique subsaharienne se distingue avec un taux de fertilité…

L’actuelle évolution démographique est assurément un facteur d’influence sur l’économie mondiale de demain. Or, cette évolution, selon les paramètres établis aujourd’hui, prévoit une population mondiale de 10 à 11 milliards de personnes à l’horizon 2050, contre plus de 7 milliards actuellement. Ce saut gigantesque, comme le rappelle Sarah Harper, est dû avant tout à une longévité croissante. « On observe aujourd’hui des taux de fécondité plutôt orientés à la baisse dans la plupart des régions de la planète. Même dans les pays émergeants, le nombre de naissances n’a guère augmenté. Seule l’Afrique subsaharienne se distingue avec un taux de fertilité encore supérieur à 4%. Et pourtant, la Terre sera de plus en plus peuplée en raison d’une espérance de vie qui ne cesse de s’accroître. Une très belle réussite, certes, mais qui n’est pas sans poser un certain nombre de problèmes. Le principal d’entre eux réside dans les réserves de travail, à savoir les personnes entre 15 et 59 ans qui vont constituer les forces vives de l’économie de demain ».

Et dans ce registre, inutile de dire que l’on observe aujourd’hui déjà un net déplacement vers l’Asie de l’Est (grande Chine et Japon) et du Sud (Inde, Pakistan, Birmanie, Bangladesh), tout comme vers l’Afrique, les premières avec plus d’un milliard de travailleurs à l’heure actuelle âgés de 15 à 59 ans et de plus de 500 millions pour la deuxième. Avec moins de 100 millions, l’Europe est clairement à la traîne. D’ici 2050, selon les calculs de l’Oxford Institue of Ageing, le rapport de force devrait d’ailleurs s’inverser, l’Afrique et l’Asie du Sud, prenant le pas sur la Chine, avec une Europe toujours parmi les plus démunis en ce qui concerne les forces de travail. « En d’autres termes, poursuit Sarah Harper, l’Amérique du Nord, le continent européen au sens large, la Chine, la Russie et l’Australie devront compter avec un taux de plus de 30% de leur population dont l’âge dépasse les 60 ans. Nous savons donc que ces pays vont manquer de main-d’œuvre dans un avenir proche, que le taux de natalité ne va pas progresser et que la santé des individus n’a jamais été aussi robuste passé l’âge de la retraite. La réponse qui s’impose semble donc assez évidente. L’écart démographique par rapport à l’Asie et à l’Afrique ne pourra être compensé, même partiellement, qu’en utilisant les compétences professionnelles des séniors. Mais les mentalités ne sont pas encore vraiment prêtes pour cette transition ».

Pour Sarah Harper, le choix ne se pose pour l’instant pas. « Si l’on prend l’Afrique subsaharienne, sa croissance économique, son niveau de formation et les conditions sanitaires correspondent à celles de l’Europe au début du XXe siècle. Tant que le taux de fécondité restera celui que l’on connaît aujourd’hui, les progrès seront lents. A l’inverse, avec quelques 127 millions d’Européens promis à un âge canonique de 100 ans, que léguer à la génération suivante ? A quoi bon hériter d’un patrimoine à 80 ans ? Vu le taux de chômage que l’on connaît aujourd’hui, cet enchaînement des âges n’est-il pas en train d’engendrer une génération perdue ? ». Réponse en 2050…

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